Nominés

Charles Giblain

  • PROGRESSION

    Créée en 2005, Bionexx est en passe d'atteindre son point d'équilibre économique et commence à recueillir les fruits d'un travail engagé il y a huit ans. Elle prévoit un chiffre d'affaires de l'ordre de 5 à 6 millions de dollars qui, dans trois ou quatre ans, devrait être porté à 20 millions de dollars.

  • INNOVATION

    Proactive dans l'établissement de partenariats, l'entreprise est sans cesse à l'affût de la moindre innovation technique et/ou technologique dans son domaine. Par ailleurs, elle est la seule, à une telle échelle, à utiliser le fluide réfrigérant R-134A pour l'extraction et la purification de l'artémisinine.

  • DYNAMISME À L'EXTÉRIEUR

    Bionexx compte actuellement une dizaine de clients, tous basés à l'étranger, dont le principal est Novartis. Par ailleurs, outre l'artémisinine, elle exploite aussi d'autres extraits de plantes aromatiques et médicinales dont la vanille, qu'elle exporte sur le marché américain

  • ENGAGEMENT CITOYEN

    Outre le fait de créer de l'emploi pour des milliers de paysans, la société sensibilise sur l'importance du rôle que ceux-ci jouent dans la fabrication de médicaments antipaludiques. Par contre, Charles Giblain regrette de ne pas avoir eu les moyens jusqu'à maintenant de faire plus pour l'association du père Pedro. Il sélectionne actuellement des ONG à Fianarantsoa dont la vocation sera de nourrir des enfants des rues. En plus d'être à la tête de Bionexx et de trois autres sociétés, Charles Giblain est également le président du Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP) et vice-président du Groupement des entreprises de Madagascar (GEM), une manière de participer à l'essor économique du pays.

VISE UN LEADERSHIP MONDIAL

À partir de la culture et de l'extraction de plantes malgaches, son entreprise fournit à l'export de l'artémisinine, principal actif dans les TCA (Traitements combinés à base d'artémisinine) utilisés pour soigner le paludisme.

Le « qing hao su » en chinois, plus communément appelé artémisinine, est selon l'OMS « le plus grand espoir mondial contre le paludisme ». C'est dans l'exploitation de cette substance active médicamenteuse que Charles Giblain a choisi de se lancer en 2005 alors que rien ne l'y prédestinait si l'on regarde son parcours professionnel plutôt atypique. Il a travaillé pendant longtemps dans le conseil avant d'entrer sur le tard dans l'opérationnel. Après avoir obtenu en 1981 un « Bachelor of science » (licence) en informatique à l'université de Columbia, il a travaillé cinq ans pour Schlumberger comme General Field Engineer sur des plateformes pétrolières dans le Golfe persique. En 1986, il rejoint la Wharton School de l'université de Pennsylvanie pour y effectuer son MBA. Une fois son diplôme en poche, il découvre le monde du conseil en stratégie en étant consultant pour Mars &Co pendant sept ans, puis chasseur de tête et associé pendant sept autres années chez Eric Salmon & Partners. Alors qu'il n'avait aucune raison de partir, tant son métier le passionnait, il décide pour des raisons familiales de s'installer à Madagascar. C'est ainsi qu'il se retrouve, en 2002, administrateur délégué de la Cotonnière d'Antsirabe avant de se lancer deux ans plus tard dans ses propres activités. Néanmoins, avec du recul, il ne regrette pas ce choix de redémarrer une carrière professionnelle à Madagascar. Les expériences acquises dans le recrutement et le conseil en stratégie lui servent au quotidien et être entrepreneur à Madagascar, dans le domaine de la chimie et des plantes médicinales, se révèle passionnant.

AU DÉPART : UNE RENCONTRE À MAURICE AVEC L'INDIEN YUSUF HAMIED

Il a fallu à Charles Giblain de l'audace et surtout une bonne dose d'inconscience pour se lancer dans l'aventure Bionexx. Le projet a démarré suite à sa rencontre fin 2004, à l'île Maurice, avec le docteur Yusuf Hamied, propriétaire du groupe pharmaceutique indien CIPLA qui s'intéressait à l'époque aux médicaments pour le traitement du paludisme. À ce moment-là, il n'y avait pas de marché, ni d'accès à la technologie. Et très rapidement, les prix de l'artémisinine se sont écroulés suite à la surproduction chinoise.

Le modèle économique retenu est celui d'une entreprise résolument orientée vers les investissements en vue d'atteindre des efficiences beaucoup plus élevées que celles de ses concurrents chinois. Pour y arriver et convaincre du sérieux du projet Bionexx, il a fallu tout de suite afficher une certaine ambition en terme de taille d'entreprise sur le marché de l'artémisinine, sans véritable business plan ni étude de faisabilité. « Si j'avais suivi les théories enseignées dans les business schools, je n'aurais jamais donné le jour à mon projet », précise Charles Giblain. Mais sa ténacité sans faille et son modèle économique ont permis, huit ans plus tard, d'atteindre le stade de la production et de la livraison commerciale d'artémisinine. Il a fallu d'abord lancer la culture de la plante, l'« artemisia annua », avec des partenaires paysans. Puis, dans un deuxième, Bionexx a mis en œuvre l'extraction et l'exportation de cette molécule « miracle » antipaludique. Le projet s'est développé à travers de nombreux partenariats financiers, humains, techniques et technologiques. Outre la collaboration de Bionexx avec le centre de recherches suisse Mediplant pour la fourniture en graines hybrides, il faut signaler sa participation active au programme CNAP, financé à hauteur de 14 millions de dollars par la fondation Bill Gates, pour l'amélioration de la teneur en artémisinine dans la plante. En participant à toutes les conférences annuelles sur l'artémisinine, la société a pu recevoir plusieurs financements et garanties de prêts de la part de diverses organisations telles que l'AFD, par l'intermédiaire du fonds ARIZ, l'Union Européenne à travers l'AEDES, le PNUD et bien d'autres. Mais le partenariat le plus important reste sans conteste celui entre Bionexx et les paysans malgaches qui se chargent de la culture à grande échelle de la plante, alors que l'entreprise se charge de la formation et du suivi, ainsi que de l'achat de la matière première récoltée.

LA FERME DE 658 HECTARES DOIT PASSER À 3 000 HECTARES

Dans ce domaine de la santé, les recherches et mises au point sont longues avant de rentabiliser et Bionexx ne devrait atteindre son équilibre qu'en 2014. Mais Charles Giblain peut commencer à voir l'avenir en rose. Avec une plante à forte teneur en substance active (1,1% contre 0,6% pour la Chine), une culture présente dans plusieurs régions du pays (nord-ouest, sud, Alaotra, Vakinankaratra), une ferme de 658 hectares mise en place du côté d'Imerintsiatosika en 2010, une production espérée de huit tonnes d'artémisinine en 2013 et Novartis comme principal client, une étape importante a été franchie. La prochaine pourrait être un leadership mondial. C'est l'ambition de Charles Giblain qui prévoit d'étendre dès cette année la culture à 1 400 hectares, en collaboration avec 10 000 paysans partenaires dès 2013, puis de monter à terme à 3 000 hectares. De quoi capter environ 20% du marché global de l'artémisinine en fournissant les autres grandes industries pharmaceutiques et les producteurs de génériques indiens. Sans oublier les opportunités que présentent d'autres produits issus des plantes malgaches.

Archives Nominés Sélectionnez

Année précédente